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Histoire
Citation parue dans le Journal Officiel du 1er août
Un pilote militaire, 1918 : « Hostein (William-Jacques), lieutenant, du
49 reg. infanterie, pilote à l’escadrille... : pilote de
e
maire de Rochecorbon chasse qui compte de nombreuses missions loin-
taines dans les lignes ennemies. A soutenu de durs
combats contre les patrouilles ennemies. A lutté
Le titre pourrait faire penser à un article évoquant le maire actuel, Emmanuel Dumé- notamment contre dix appareils allemands et a
nil, ancien pilote de l’armée de l’air. Il est encore trop jeune pour cela. abattu l’un d’eux. Deux citations. »
Nous vous proposons de revenir quatre-vingts ans en arrière pour découvrir William
Hostein, maire de Rochecorbon à la libération en 1944 et qui était également un Son installation à Rochecorbon
ancien pilote militaire, notamment sur la base de Parçay-Meslay.
Petit à petit, pilote chevronné, il est affecté à la ré-
Pilote militaire, héros de la guerre 14-18 ception des nouveaux avions livrés à Reims, puis
après la paix à Bayonne avant d’arriver à la base
Jacques Thomas William Hostein est né le 9 mars 1889 à Bordeaux où son père de Parçay-Meslay en mai 1923.
était négociant. Après un apprentissage de mécanicien de précision il est appelé En juillet 1915, posant devant son avion Potez, avec ses médailles, en compagnie de son frère André Son beau-père achète alors la propriété mi-
en 1911 au 49 Régiment d’infanterie de Bayonne. Mais fort de son expérience de toyenne de la chapelle Saint-Georges, ancienne-
e
mécanicien, il souhaite entrer dans l’aviation et intègre fin 1912 la base aérienne de ment nommée Le Presbytère, puis La Seigneurie
Reims, à l’escadrille D6 et l’école Deperdussin, où il obtient son brevet de pilote civil et aujourd’hui La Malvoisie. La famille Hostein-Pe-
le 15 février 1913 et peu après son brevet militaire le 29 mai. rez s’y installe avec ses deux enfants : Robert, né
en 1918 à Chatillon-sur-Sèvres, et Simone, née en
Portait de William Hostein en 1916 Le 19 juillet 1914, lors d’un vol partant 1923 à Bayonne. Un troisième enfant, Roger, naît
de Reims, son avion tombe en panne. en 1925 à Rochecorbon.
Il atterrit à Nomain (Nord) près de la
propriété de vacances de la famille Au milieu des années 1930 au gré des activi-
Férez, un fabricant de chaussures qui tés professionnelles militaires (une mission à
avait quitté le Nord pour s’installer avec Prague) et civiles, la famille s’installe à Tours
son frère dans les Deux-Sèvres. Aidé puis à Bayonne, laissant La Malvoisie à plusieurs
par la famille qui était présente, il a le employés de l’aviation : l’officier Maurice Dubois,
coup de foudre pour « l’exquise made- puis le gardien-veilleur Albert Manchez ou le
moiselle Suzanne » qu’il épousera le 27 manœuvre Georges Laverdure.
décembre 1915. En juillet 1939, les beaux-parents font don de la
propriété à leur fille et gendre.
C’est probablement aussi à cette époque que
furent construits les bâtiments sur le coteau,
Dans mon appareil possibles ateliers de production de chaussures
tout était noir en extension d’un précédent poulailler. Le tout re-
de poudre, mes On aperçoit, au-dessus de la chapelle, le poulailler et l’extension-atelier tels qu’ils existaient encore en trouva une fonction de poulailler vers 1950 avant
d’être démonté un peu plus tard.
1953. Médiathèque du Patrimoine
lunettes également. Hostein, maire de Rochecorbon
Néanmoins je pus Au début de la seconde guerre mondiale, William Hostein est rappelé sous les drapeaux mais rapidement démobilisé après la
regagner le terrain défaite française. Il est de retour à Rochecorbon où il échange avec d’autres officiers en retraite, entre en liaison avec le lieutenant
et éteindre l’incendie Bertrand du groupe de Vouvray et prend la tête d’un petit groupe de FFI rochecorbonnais et parcillons. En août 1944, survient
l’affaire des « bombes de Vauvert », un très important stock de munitions allemandes que l’ennemi menaçait de faire exploser.
qui s’était déclaré à Une garde civique est mise en place sous les ordres d’Hostein qui devient délégué du CDL (Comité départemental de Libération)
bord. Moi, j’avais les de Vouvray.
De gauche à droite : William Hostein, « l’exquise » Suzanne Férez, un oncle de Suzanne, les parents de Suzanne
Louis Férez et Berthe Delplanque, l’épouse de l’oncle moustaches brûlées. Les Allemands partis, après avoir organisé le ravitaillement de la commune, récupéré les objets laissés par les forces d’occu-
pation, il est installé par le préfet le 14 septembre 1944 comme maire de Rochecorbon, avec comme adjoint Michel Le Toullec
qui le remplaça ensuite lors des élections municipales d’avril-mai 1945 (premières élections où les femmes françaises eurent le
droit de vote). Épuisé, il se retire rapidement de la vie politique et en 1949, la veille de ses soixante ans, il décède alors qu’il était
Mais le 3 août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France, les forces allemandes entrent en Belgique le 4 août puis se dé- en villégiature chez son fils à Bayonne. La maison est vendue, la veuve rejoint ses enfants et décède en 2003 à l’âge vénérable
versent sur la France et arrivent à Reims le 4 septembre, ville rapidement reprise par les Français qui repoussent l’ennemi vers les de 106 ans.
départements de l’Aisne et des Ardennes où le front se stabilise. Pilote de reconnaissance, William Hostein vole pour repérer les
positions adverses et renseigner l’artillerie. Son avion est la cible de tirs depuis le sol et de la chasse des avions allemands. Lors Je remercie M. Christian Ravel, chargé des archives et du centre de document du Musée Espace Air Passion d’Angers pour l’im-
du largage de bombes le 1 novembre, l’une explose dans l’avion : « Dans mon appareil tout était noir de poudre, mes lunettes portant lot de photographies du fond Hostein qu’il m’a aimablement transmis.
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également. Néanmoins je pus regagner le terrain et éteindre l’incendie qui s’était déclaré à bord. Moi, j’avais les moustaches
brûlées », écrit-il dans son journal intime. Claude Mettavant
En mai 1915, il effectue deux périlleuses missions : il vole au-dessus des lignes allemandes pour déposer des douaniers espions
dans le nord des Ardennes . ¹ Note de l’auteur : à cette époque l’armée allemande cantonnée à Charleville-Mézières avait réquisitionné une maison à l’entrée de la ville pour en faire un
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Ses exploits lui valent citations et médailles : chevalier puis officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 1914-1918 avec 7 poste de contrôle. Elle le fut à nouveau en 1940. Ce fut ma maison familiale.
palmes. ² Voir le magazine La lanterne d’octobre 2018, consultable sur le site de la mairie https://www.mairie-rochecorbon.fr/bulletins-municipaux.html
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